Monday, 8 April 2013

Autolib’ ne supprime pas de voitures

« On a raté l’objectif. Autolib’ ne supprime pas de voitures ». Pour la première fois, un adjoint au maire de Paris brise l’omerta.

Jusqu’à présent, l’affaire était entendue, et le discours unanime : "grâce à Autolib’, les habitants de Paris et des communes avoisinantes abandonnent leur véhicule thermique et passent à l’électrique", un mode de propulsion systématiquement présenté comme vertueux.

Certes, il demeurait difficile de croiser cette espèce rare de Parisien qui sauve la planète en revendant un modèle chic pour s’engouffrer dans une voiture grise. Le report modal (le fait de changer de mode de transport) semblait compromis. Mais enfin, c’était le discours officiel, tenu à la fois par les élus parisiens et la société Bolloré.


Une déclaration publique et des chiffres
Ce 26 mars, Pierre Mansat, adjoint (PCF) au maire de Paris, en charge des relations avec l’Ile-de-France et de "Paris Métropole" (c’est ainsi qu’on appelle le "Grand Paris" à l’Hôtel de Ville), a dit ouvertement ce que tous les observateurs attentifs de la mobilité pressentaient depuis quelques temps.

"On ne parvient pas à l’objectif. En fait, Autolib’ séduit les passagers aux transports en commun. Autolib’ ne supprime pas de voitures", a-t-il affirmé, interpellé au cours d’une rencontre organisée par le Ministère de l’égalité des territoires et du logement, à Paris.

L’atelier, qui se déroulait dans un amphithéâtre du Palais des congrès de la porte Maillot, à Paris, portait sur le thème "Ville et voiture". Plusieurs "twittos", présents dans la salle, confirment la citation. Nicolas Le Douarec, fondateur de Cityzencar, s’exclamait : "Scoop de Pierre Mansat ’On a raté l’objectif. Autolib ne supprime pas de voitures’ Ooooh".

Aurélie Deudon rapportait également : "Pierre Mansat : on a un peu raté l’objectif d’Autolib (réduire la possession voiture). Aujourd’hui, la majorité des utilisateurs n’ont pas de voiture". L’adjoint de Bertrand Delanoë "avait l’air très déçu", raconte une autre participante.

Interview. Suite à cette prise de parole publique, Pierre Mansat a accepté de répondre aux questions de l’auteur de ce blog.


Pierre Mansat

Qu’avez-vous dit exactement ce mardi 26 mars ?
J’étais dans la salle et j’ai été interpelé à propos d’Autolib’ par une personne qui se trouvait à la tribune. J’ai dit que le service était un succès pour l’opérateur Bolloré mais que les chiffres disponibles laissaient ouverte la question du changement de comportement. 60% des utilisateurs d’Autolib’ ne possèdent pas de voiture, et 40% en possèdent une. Or, si un tiers de ces derniers se demandent s’ils ne vont pas revendre leur automobile, seuls 70% de ceux qui n’en possèdent pas se disent prêts à renoncer à l’achat. On est en-deçà de l’objectif.

Donc, ces chiffres s’équilibrent plus ou moins. Pensez-vous que qu’Autolib’ parviendra, malgré tout, à atteindre son objectif consistant à limiter le nombre de véhicules particuliers en Ile-de-France ?
Il est trop tôt pour le dire, car Autolib’ n’est pour l’instant disponible que dans 47 communes. Il faut attendre que le service soit davantage déployé en Ile-de-France et atteigne sa vitesse de croisière.

D’où viennent les chiffres dont vous faites état ? Jusqu’à présent, il était très difficile de connaître les motivations réelles des utilisateurs du service.
D’une enquête réalisée par la Ville de Paris qui n’était pour l’instant pas diffusée.

Olivier Razemon pour Reporterre.

...............................................................................................
NB : Pour tout comprendre des différences entre l’autopartage classique (qui incite effectivement les abonnés à se passer de véhicule) et Autolib’, lire cet article de Jean-Baptiste Schmider, président de France Autopartage.

Christophe

www.riposteverte.com

-

No comments: