Monday, 2 August 2010

Il est temps de partir en vacances...

On veut, on clame la transformation écologique de la société mais un Grenellien célèbre préfère la trame de bitume à la trame verte… Allez c’est promis, on fait les 900 derniers kilomètres du réseau routier et on stoppe la « macadamisation » à la française ! Faut bien laisser un peu de place pour nos pauvres ours des Pyrénées…

Encore un aéroport nantais et on s’arrête jusqu’au prochain avion sans aile… Pendant ce temps-là, le développement du fret ferroviaire reste un mirage. Allez encore un petit effort nucléaire, deux EPR et puis s’en va plus au loin notre ambition d’une maitrise de l’énergie dans notre pays. Et quelle formidable débauche d’énergies renouvelables sciemment concentrées pour flinguer l’éolien et le solaire. Et quelle vigueur molle pour isoler nos bâtiments anciens qui représentent la majorité de notre parc immobilier ! L’Europe peut devenir territoire OGM, c’est à chaque pays dorénavant de le décider, merci Monsieur Barroso, c’est du grand art contaminant ! Le projet de loi sur l’énergie de Barack Obama s’enlise dans le lobby visqueux des amoureux des prébendes du carbone.

Il est temps de partir en vacances. Un conseil : évitez le golfe du Mexique !

Certes avec le Grenelle, me direz-vous, nous avons réussi à grenelliser les consciences, à avancer sérieusement dans la bonne direction mais encore trop timidement pour avoir le courage des décisions audacieuses qui nous permettront de prendre de l’avance quand le péril du baril à 150 dollars (et bien plus) réapparaitra… et ce ne sera pas à la Saint Glin-Glin !

La PAC 2013 avance à grands pas avec les mêmes démons qui détruisent le vivant, altèrent la qualité de nos cours d’eau, de nos nappes phréatiques et du moral de nos agriculteurs qu’il nous faut respecter autrement qu’avec des subventions favorisant l’essor des pesticides et autres intrants chimiques. Et l’on annonce le retour des farines animales…

Les constructeurs automobiles, bien désinvoltes ces vingt dernières années nous promettent joyeusement hybrides et électriques à tour de manivelle. Mais nos poumons continuent de filtrer un air chargé de particules trop polluantes pour notre santé.

En cette année où nous célébrons la biodiversité, on persiste dans notre belle France à nous étaler avec nos magnifiques rocades commerciales, notre urbanisation mal coordonnée, nos voies de transports et autres ZAC… Ainsi nous dévorons définitivement l’espace équivalent à un département français tous les 10 ans.

En pendant ce temps les PCB se portent bien, merci pour eux ! Et les poissons de nos rivières en sont assaisonnés…

Il est grand temps de partir en vacances… Soyons forts !

Et à la rentrée ? La conférence annuelle sur la biodiversité à Nagoya, la réunion de l’ICCAT à Paris (Commission Internationale des Thonidés de l’Atlantique) et la conférence annuelle sur le climat à Cancun nous réserveront, dès cet automne, quelques surprises pour notre mission qui est de vouloir transmettre à nos enfants une planète vivante ?

Le jetable cher à notre civilisation du gaspillage fait culminer le Mont Blanc de déchets que nous élevons sans vergogne chaque année et me font penser à cette phrase de Pier Paolo Pasolini : « les biens superflus rendent la vie superflue ».

La croissance verte devient le nouveau parfum à la mode mais la croissance grise s’étale en tête de gondole... alors qu’il nous faut créer du sens et de la richesse équitable sans détruire le vivant qui permet la vie sur Terre.

Soyons lucides et résistants face à ce monde cupide qu’il nous faut métamorphoser.

Et comme le dit Jean-Paul Besset*, c’est aussi le lien complice entre le système productiviste et l’individu consommateur qui demande à être dénoué… »

Il est temps de partir en vacances, retrouver son jardin intérieur et les arbres de sa vie, sa famille et ses amis pour devenir légers sur les chevaux de l’action pour galoper vers le chemin de la conscience.


Serge Orru pour l’émission « C’est pas du vent » d’Anne Cécile Bras pour Radio France International



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* Comment ne plus être progressiste... sans devenir réactionnaire, Jean-Paul Besset, Fayard, 2005

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